Québec, le 13 octobre 2026 – Le commissaire à la langue française, M. Benoît Dubreuil, présente une nouvelle étude qui documente la place du français et des artistes nationaux dans la consommation musicale au Québec et la compare à celle observée au Canada et dans 24 pays européens.
Intitulée L’exception québécoise : étude sur la consommation musicale au Québec, au Canada et dans 24 pays européens, cette étude met en évidence la nécessité d’agir sur plusieurs leviers complémentaires pour renforcer la place du français dans la consommation musicale au Québec. En dehors des pays de langue anglaise, le Québec est en effet la société où les artistes américains sont les plus populaires et où la musique en langue nationale représente la plus faible part des écoutes.
Pour éclairer la politique culturelle du Québec, le commissaire formule sept pistes d’action : mieux encadrer les algorithmes; mieux soutenir la création et la mise en marché dans certains créneaux; renforcer les liens avec la francophonie internationale; accroître la présence de la musique en français dans les espaces publics et à l’école; resserrer les liens entre les Québécois de diverses origines; et valoriser la transmission culturelle au sein des familles et des réseaux de pairs.
L’étude propose une première explication globale de la situation québécoise. Son caractère exceptionnel ne tient pas à une cause unique, mais à plusieurs facteurs qui s’additionnent et se renforcent mutuellement.
« Le Québec constitue un marché de taille modéré et historiquement peu intégré au reste de la francophonie. La forte connaissance de l’anglais, les habitudes d’écoute héritées des générations précédentes ainsi qu’une importante diversité culturelle et linguistique contribuent à nous rendre plus perméables à la musique américaine et anglophone. En outre, la musique francophone est souvent associée à des représentations identitaires qui tendent à en faire un produit symboliquement marqué plutôt qu’un choix culturel s’adressant à tous », souligne M. Dubreuil.
Les algorithmes ne semblent pas être à l’origine de la faiblesse de l’écoute musicale en français. Toutefois, en favorisant les contenus déjà populaires et fortement liés entre eux, ils peuvent contribuer à maintenir les créations québécoises et francophones dans un statut de niche.
Enfin, du côté de l’offre, la faiblesse du Québec dans certains créneaux stratégiques soulève des questions quant aux politiques de soutien à la création et à la mise en marché de la musique québécoise.
Le Québec se distingue par la très faible part des écoutes consacrées aux artistes qui chantent dans une langue nationale : à 12 %, cette proportion est la plus faible de l’échantillon étudié. Le Québec se situe non seulement loin derrière de grands pays comme la France (45 %) et l’Italie (47 %), mais aussi derrière des nations plus petites comme la Finlande (34 %), la Tchéquie (25 %) et le Danemark (25 %).
Cette situation se reflète notamment au sommet des palmarès : les artistes qui chantent en langue nationale sont pratiquement absents du palmarès québécois des dix artistes les plus écoutés (2 %), une exception parmi les marchés étudiés. Dans les grands pays, les écoutes au sommet des palmarès se font presque exclusivement dans la langue nationale. Cette proportion est également très élevée dans des marchés plus petits comme la Finlande (74 %), la Tchéquie (76 %) et le Danemark (66 %).
Le même constat s’applique au rap, un genre qui représente une part très importante des écoutes en langue nationale dans l’échantillon. Le Québec arrive encore une fois au dernier rang : seulement 22 % des écoutes de rap s’y font en français, alors que la proportion équivalente se situe entre 40 % et 60 % dans la plupart des pays étudiés.
L’exception québécoise s’observe aussi parmi les nouveautés. Dans tous les autres marchés étudiés, la part des écoutes en langue nationale est nettement plus élevée parmi les nouveautés que parmi les titres plus anciens. Au Québec, en revanche, aucun écart de ce type n’est observé.
Le Commissaire à la langue française surveille l’évolution de la situation linguistique au Québec. En vertu des pouvoirs qui lui sont conférés, il fournit à l’Assemblée nationale, au gouvernement ou au ministre de la Langue française les avis et les recommandations qu’il estime appropriés afin de favoriser l’usage du français comme langue commune.
L’analyse du commissaire repose sur une démarche préalable visant à cerner les principaux déterminants du choix musical, notamment les facteurs individuels, sociaux et technologiques. Cette démarche a donné lieu à une étude préliminaire intitulée Déterminants de la consommation musicale : recension des écrits et cadre d’analyse.